Catherinettes modernes : réinventer la fête de Sainte Catherine aujourd’hui

Dans les ateliers de mode, chaque 25 novembre, on sort encore les ciseaux, le tissu jaune et vert, et on fabrique un chapeau pour la collègue qui fête ses 25 ans. La tradition des Catherinettes n’a pas disparu, mais elle a changé de fonction.

Ce qui servait à pointer du doigt le célibat féminin est devenu, dans plusieurs contextes, un moment de cohésion d’équipe ou de réappropriation festive. La fête de Sainte Catherine se lit aujourd’hui à travers un prisme très différent de celui du Moyen Âge.

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Le chapeau de Catherinette dans les ateliers : un rituel de métier, pas de mariage

Dans de nombreux ateliers de couture, de modélisme et de maroquinerie, la Sainte-Catherine reste un rendez-vous annuel. Le principe n’a pas bougé : les collègues fabriquent un chapeau extravagant entièrement réalisé à la main pour la personne célébrée.

Ce qui a changé, c’est le sens. On ne souligne plus un supposé retard matrimonial. Le chapeau met en lumière le savoir-faire collectif, la créativité des équipes et la transmission des gestes techniques. C’est un exercice de confection libre, sans cahier des charges client, où chacun peut tester des matières ou des formes inhabituelles.

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Dans les grandes maisons de luxe (LVMH, Kering, Chanel), la célébration s’articule aussi autour d’opportunités de visibilité professionnelle et de mentorat pour les jeunes talents. La Catherinette de 2025 n’attend pas qu’on lui trouve un mari. Elle utilise la journée pour élargir son réseau interne.

Femme créant un chapeau de Sainte Catherine moderne dans un atelier artisanal avec matériaux de couture

Fête de Sainte Catherine et féminisme : une relecture qui divise encore

Depuis quelques années, des médias généralistes et des matinales radio posent ouvertement la question : les Catherinettes, une fête féministe ou un vestige sexiste ? Les deux lectures coexistent, et les retours varient sur ce point selon les milieux.

D’un côté, l’expression « coiffer Sainte Catherine » est désormais classée comme vieillie dans les ressources linguistiques récentes. Cette prise de distance traduit un rejet social de l’idée qu’être une femme non mariée à 25 ans serait un statut problématique. L’âge moyen du premier mariage a tellement reculé que le seuil de 25 ans ne correspond plus à aucune réalité démographique.

De l’autre, certaines femmes réinvestissent la tradition comme un geste de solidarité. Le chapeau jaune et vert devient un accessoire revendiqué, pas subi. On célèbre la liberté de ne pas se marier plutôt que le fait d’être célibataire « malgré soi ».

Ce que la tradition conserve de problématique

La fête reste genrée dans sa forme historique. L’asymétrie entre Catherinettes et Nicolas révèle le biais d’origine : le célibat féminin était perçu comme plus urgent à « résoudre ».

Moderniser la Sainte-Catherine suppose d’assumer ce décalage. Certains ateliers incluent désormais tout le monde, quel que soit le genre ou le statut conjugal, pour faire du 25 novembre un moment collectif sans stigmatisation.

Célébrer la Sainte-Catherine en dehors des ateliers de mode

La tradition ne vit pas uniquement dans la confection. Dans plusieurs villes françaises, des foires et marchés de la Sainte-Catherine perpétuent l’événement sous une forme conviviale, sans lien direct avec le célibat.

Pour celles et ceux qui veulent marquer le 25 novembre sans passer par le cadre professionnel, quelques pistes concrètes fonctionnent :

  • Organiser un atelier de fabrication de chapeaux entre amis, en détournant les codes jaune et vert avec des matériaux de récupération (papier, carton, tissu)
  • Programmer une soirée à thème autour de la figure de Sainte Catherine d’Alexandrie, patronne historique des jeunes filles célibataires et des couturières
  • Envoyer une carte illustrée pour la Sainte-Catherine à une amie, en jouant sur le second degré plutôt que sur la moquerie

Deux femmes fêtant la Sainte Catherine dans un bar à vins parisien avec des coiffures originales et modernes

Tradition vivante ou patrimoine figé : ce qui fait la différence

Une tradition survit quand elle trouve une fonction nouvelle à chaque génération. La fête des Catherinettes a traversé les siècles parce qu’elle s’est greffée sur des contextes différents : le religieux au Moyen Âge, le corporatisme des ateliers de couture au XXe siècle, la cohésion d’entreprise et le débat féministe aujourd’hui.

Le risque, c’est de la muséifier. Répéter le rituel du chapeau sans questionner ce qu’il véhicule transforme la Sainte-Catherine en folklore creux. Une tradition culturelle reste vivante quand on accepte d’en modifier le sens tout en gardant le geste.

Les maisons de luxe l’ont compris en articulant la journée autour du mentorat et de la visibilité des jeunes cadres. Les ateliers de confection l’ont compris en faisant du chapeau un exercice créatif collectif. Le lien avec l’histoire reste intact, mais la lecture a changé.

Le 25 novembre prochain, on pourra coiffer Sainte Catherine sans que personne n’y voie un rappel à l’ordre. C’est probablement le meilleur signe que la tradition a réussi sa mue.

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